Le gypaète barbu Gypaetus barbatus en Corse.

Répartition et effectif

 

On observe une réduction significative de l’aire de répartition de la population de gypaète barbu en Corse. En effet, sur les 10 territoires connus, les trois territoires les plus au sud et celui le plus au nord sont vacants. La population territoriale est désormais limitée aux massifs montagneux du nord de la chaîne centrale de l'île (Fig. 1).

 

On observe également une baisse de l’effectif de la population. L’effectif en 2016 était au minimum de 14 individus (4 couples d’adulte, 1 adulte territorial seul, 1-2 adultes non territorial, 2 immatures de 2013-2014 et 2 juvéniles lâchés en 2016) et ne dépasse vraisemblablement pas la vingtaine d’individus.

Occupation des territoires

 

Suite à une relative stabilité des effectifs jusqu’en 2008 (8-10 couples), on observe un déclin du nombre de couples qui s’est traduit par la perte de 4 couples et un adulte territorial depuis 2009, soit une baisse de presque  50% (Fig. 2).

Paramètres de la reproduction

En 2016, sur les 4 couples territoriaux, 2 couples ont pondu. Le taux de ponte est de 0,5 (n=4). Il n'y a pas eu de jeune à l’envol. La productivité est de 0 (n=3). Un œuf a été prélevé dans le cadre du projet de conservation génétique. Deux juvéniles ont été lâchés dans le cadre du projet de renforcement.

 

Les paramètres de la reproduction (taux de ponte et productivité) ont baissé, significativement ou non selon la période considérée, et sont actuellement très faibles (Fig. 3). L’augmentation récente du taux de ponte est liée à la disparition de couples non reproducteurs de ces dernières années. Certaines années, il n’y a eu aucun jeune à l’envol sur l’île. Cette très faible productivité pose des problèmes de renouvellement de la population.

Renouvellement de la population

Depuis 1983, 37 jeunes ont pris leur envol en Corse.

 

En se basant sur le type d’occupation annuelle des territoires (couple, trio, adulte seul, vacant) et l’âge des gypaètes territoriaux (plumage adulte et plumage immature), trois périodes ressortent clairement concernant le renouvellement de la population :

 

1) De 1983 à 1993 : tous les territoires étaient occupés par des couples/trios d’adultes. Cela laisse penser que s’il y a eu des remplacements de partenaires alors cela ne concernait que des adultes.

 

2) De 1994 à 2008 : il y a eu 7 remplacements d’adultes par des immatures et au moins deux remplacements d’adultes par des adultes.

 

3) De 2009 à 2013 : il y a eu 7 disparitions de gypaètes territoriaux, non remplacés.

 

Sur l’ensemble de la période (1983-2013), il y a également vraisemblablement eu des remplacements non détectés d’adultes à adultes car certains territoires sont occupés par des couples d’adultes depuis plus de 30 ans.

 

Il apparaît clairement que cette population insulaire n’arrive plus à se renouveler.

Vers une montagne corse vivante...

Le gypaète barbu étant un rapace strictement charognard, situé en haut de la chaîne alimentaire, le déclin de cette espèce en Corse est en partie la conséquence d’une montagne où la vie disparaît progressivement. Le gypaète est un malheureux témoin des modifications de la montagne corse au cours du XXème et de ce début du XXIème siècles. Seules des actions concrètes, dont les objectifs sont de tendre à nouveau vers une montagne vivante, pourront contribuer à la sauvegarde du gypaète à long terme.

Afin de pallier au déclin des ressources alimentaires, le PNRC effectue depuis longtemps, localement, du nourrissage « artificiel » en faveur de ce rapace. Cette action permet de favoriser la survie des gypaètes en Corse et a également pour objectif d’augmenter la reproduction. Tous ces efforts resteront vains si en parallèle les ongulés ne se développent pas d’avantage à l’échelle de la montagne corse. Pour cela, il convient de :

- favoriser l’expansion des populations d’ongulés sauvages par la création de nouveaux noyaux. Dans le cas du gypaète, le développement du mouflon est primordial.

- favoriser le développement d’un pastoralisme en montagne. Dans le cas du gypaète, les petits ruminants (ovin et caprin) sont à privilégier.

L’anthropisation de la montagne corse est plus faible que celles des autres massifs européens, mais elle tend à se développer. L’objectif est de concilier au mieux le développement socio-économique et la préservation de l’environnement. Cette démarche basée sur les échanges de connaissances et de pratiques, déjà entreprise sur certains sites Natura 2000 en Corse, a montré qu’elle pouvait être efficace et induire des retombées positives pour les différents acteurs de la montagne corse. Une communication et une sensibilisation, ciblée autour de ces problématiques et de ces actions, sont également nécessaires.

 

Le gypaète barbu,

une espèce gravement menacée d'extinction

en Corse.

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